Slimen El-Kamel

Artiste plasticien, Slimen Elkamel est né en 1983 à Mezzouna dans la région de Sidi Bouzid en Tunisie. Son enfance fut nourrie de récits populaires, pétrie par l’imaginaire d’un milieu rural où prospérait la tradition du conte et de la poésie.

 

Ses études à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis lui ont permis de cristalliser ce patrimoine littéraire et intellectuel en une singulière pratique plastique. Une pratique dont la genèse s’ouvre par le biais de l’écriture et qui puise ses ressources dans des textes, tantôt poétiques ou littéraires, tantôt mémoriels ou improvisés.

L’exercice scripturaire quotidien, autant qu’il circonscrit, étend les horizons de l’univers plastique de Slimen Elkamel. Non loin de la figuration libre, l’artiste interroge la relation du réel et de l’imaginaire par la théâtralisation de l’image constellée.

 

La figure d’une réalité lévite dans l’espace d’une imagination et d’un foisonnement prolifique où se joue la transfiguration du fait social et populaire en une vision surréaliste. Images de la mémoire et images d’un réel, prélevées sur les supports du quotidien, se croisent dans un champ pictural où, à fleur de tableau, le bruissement d’un dialogue s’amorce sans fin, non pour le récit d’un fait, mais pour une fête des récits.

 

Depuis 2011, Slimen Elkamel a participé à plusieurs expositions individuelles (Tunis, Londres), de groupe (France, Dubaï, Sénégal, Maroc, Angleterre), il est aussi régulièrement représenté depuis 2016 dans diverses foires internationales d’art contemporain. Ses œuvres figurent dans les collections de nombreuses institutions dont la Fondation Blachère (France), la Collection Alain Servais (Belgique), la Fondation Gandur (Suisse) ou encore au Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden (Maroc). Ses travaux les plus récents seront montrés dans l’exposition personnelle qu’il prépare à l’Institut du monde arabe en 2022.

3 - Qui sera la prochaine victime - acrylique sur toile et assemblage_ acrylic on canvas a

Artist Statement

"Chaque être humain a une histoire profonde et poétique. Chaque mouvement journalier généré par une personne aussi simple et spontané soit-il, comporte une histoire, une mémoire et des souvenirs. Le corps s’imprime de son vécu quotidien et s’enveloppe d’une identité individuelle, propre à la personne. Ce sont les gestes simples, manger, marcher, se lever, dormir, qui construisent l’être. Ces histoires, en apparence manquent d’importance, mais pour moi sont essentielles. Je me nourris des détails afin de saisir la magie de la vie quotidienne d’autrui. Les mythes naissent de contes très simples. Un homme qui tombe amoureux de sa mère ou un autre qui ne cesse d’admirer son reflet sur la surface de l’eau. Pour moi tout être porte dans les plis de son histoire une profondeur mythique qui dépasse une simple surface banale d’existence. L’imaginaire du milieu rural imprégné par la tradition du conte et la poésie, ont marqué mon enfance et nourri mon esprit d’images. Ces infinies ressources du passé se mêlent à mon présent et jaillissent en peinture. Les images se chevauchent formant un réseau cohérent. Ces récits prolifèrent sur la toile dans toutes les directions et prennent la forme d'un labyrinthe, non pas linéaire mais interconnecté.

Je commence d’abord par écrire des textes poétiques à propos de ce qui m’entoure. Expérimentations littéraires, de la poésie arabe, de la prose, des histoires réelles nourries d’imaginaire improvisé, constituent le point de départ d’une histoire mi-réelle qui se dessine progressivement dans mon esprit. Puis, dans un premier jet, la peinture devient un refuge à ces idées. Ensuite elle se transforme en un espace de conflits, d’échange, de rapprochement, de construction ce qui me mène à utiliser différentes méthodes. De la sérigraphie, du transfert d’images, de la sculpture, du dessin académique au dessin enfantin naïf, de la peinture pointilliste au tachisme à l’assemblage, la technique pour moi doit être au service des reliefs de l’histoire et son expression matérielle doit en être proportionnelle.

Le point est pour moi créateur de toute chose. C’est la composante la plus petite sur le plan plastique. C’est le départ d’une scène de vie dans un espace d’expression en apparence fragmenté mais qui traduit une histoire cohérente. D’une profonde simplicité, cette histoire réfère au basique ; au premier son de voix qu’on entend, au premier pas de promenade qu’on fait, au premier goût dans le palet qu’on goûte.

L’ensemble de points traduit un réel paisible mais fragile et fragmenté en perpétuel mouvement. Il obéit à ces mouvements chargés d’histoire, de souvenirs et de vécu. Chaque mouvement est un résumé de soi. Les mouvements quotidiens simples ne naissent pas du vide, ils sont chargés d'une histoire politique et sociale intense qui les génère et les construit. Il s’agit pour moi d’une figuration narrative ou même de figuration libre et réalisme magique. Les perspectives de ma pratique artistique se dessinent avec une touche plastiquement théâtrale. Personnages sculptés, sortant de la surface de la toile, chevauchant l’espace bidimensionnel et couronnant l’ensemble de l’œuvre. Ces personnages sont en quête de liberté et moi je me place comme un réalisateur d’une scène de théâtre entre mythe et réalité. L’œuvre devient presque un objet ou un dispositif portant des objets suspendus inspirés du théâtre de marionnettes."