EXPOSITIONS

"Heterotopia et Anachronia"
Eser Gündüz 
20 novembre 2021 - 15 janvier 2022

En quête d’une temporalité et d’une spatialité alternatives, Eser Gündüz propose un intermédiaire perméable à travers duquel des imperfections et des matières font partie d’une
perception esthétique hors du temps. Poussant toujours plus loin les limites de son art, il parvient à une alliance entre des matières historiques et la vision de l’intelligence artificielle :
une ligne inscrite vers cette série qui pose des scènes rétrofuturistes.
Après la transformation au plus fort des formes artistiques, nées de la mise en œuvre des matières plastiques et l’isolation des matériaux organiques au fil de ce nouveau monde de formes, Eser Gündüz tend à saisir une harmonie entre ces deux perceptions, porteuses de vastes potentiels esthétiques mais qui semblent pourtant être contrastées.
Au travers d’Anachronia, cette exposition présente une temporalité alternative contre l’historicité chronologique du temps moderne. De plus, grâce à l’installation des scènes depuis un jeux d’enfant, imaginé par l’artiste, elle suggère une utopie physique éphémère, donc une Heterotopia aux spectateurs au sein de la Galerie La La Lande.

"BARNA 2020"
Thilleli Rahmoun
02 septembre - 02 octobre 2021

L’exposition, intitulée « BARNA 2020 », met l’accent sur les compositions sur plakene et calques réalisées par l’artiste en 2020. Elle présente en particulier une grande partie des Aucas exposées dans le cadre de la Nuit des Musées 2021, au Musée Can Framis Fundació Vila Casas de Barcelone.

Les aucas appartiennent à un genre graphique et littéraire propre à l’Espagne et à la Catalogne en particulier. Assimilé au jeu de l’oie, les aucas déclinent sur 48 images (souvent des feuilles imprimées associant à chacune, un texte, généralement en vers), des sujets divers. Genre émergeant au 17ème siècle, servant de jeu de cartes, puis interdit jusqu’au 18ème, il connait son âge d’or au 19ème siècle sous forme de pratique artistique, déclinant une grande diversité de thèmes (histoires, fables, biographies, traditions).

En choisissant de revisiter la pratique traditionnelle des aucas, Thilleli Rahmoun rend un double hommage à l’Espagne, à la Catalogne et à Barcelone en particulier. Elle choisit de saluer la capitale catalane qui l’accueillit dès 2016 en adoptant une pratique propre à cette région. Thilleli Rahmoun évoque son parcours de vie, ses origines et adresse des clins d’œil appuyés à Barcelone en mêlant ses propres codes graphiques à des symboles architecturaux de la ville.

"ÉTAT DES LIEUX"
Group Show
20 mai - 05 juin 2021

« Agis en ton lieu et pense avec le monde » disait le poète et penseur Édouard Glissant. Pour cela, faut-il déjà en avoir examiné l’état.

Avant d’agir, l’artiste pense, observe le monde, et constate que ses lieux sont dans tous leurs états, frappés d’une dichotomie, de part et d’autre des rives la mer Méditerranée, entre Nord et Sud, entre Orient et Occident.

 

La mer est à la fois cet espace qui sépare et qui rapproche. Faut-il en percevoir la nostalgie et la rêverie dans d’oniriques peintures acryliques aux couleurs vives, ou la vivre comme la zone transitoire de l’exil et de l’indigence, alors que des instantanés tragiques se révèlent à l’encre noire, ou que sont superposées les deux promesses salvatrices d’une brassière flottante et d’un tapis de prière ?

Les territoires sont réappropriés. Dans les terres rurales, les corps se dépossèdent et sont enfermés dans le cadre étroit de la toile, ou se perdent dans la monotonie d’un labeur répétitif et d’un champ infini. Le milieu urbain récupère ses matériaux exogènes pour procéder à leur « recyclage », comme l’exilé se réintègre socialement dans le cycle d’un nouveau pays. Une terre d’immigration devient ainsi celle de la renaissance et du renouveau, par la créolisation, le métissage de toutes les cultures en contact.

À la croisée de l’ancien et du nouveau, des traditions hiératiques - le mariage, un tissu matelassé, le bleu des portes coutumières et le blanc du marbre – sont profanées par la modernité d’un photo-montage virtuel. A contrario, un collage de mots ou un portrait sur bois font l’état du progressisme, troublent la frontière du genre, entre féminité et masculinité, rendent majeurs les minoritaires sexuels, et transgressent les normes établies par la pensée dominante.

 

Ces contrées multiples et erratiques influent sur les chairs et les crânes qui deviennent des territoires en eux-mêmes. Se dessine ici un langage que le corps a développé pour mieux habiter son environnement, et s’écrivent là des traces archéologiques de mots qui parlent du corps désarticulé, tandis qu’ailleurs des utopies sont cartographiées et architecturées, et qu’un surréalisme sonde l’expression de l’esprit, lui permettant d’abolir les frontières et de résider dans le pays de l’imaginaire, le temps de renouveler le réel.

 

Aïcha Snoussi, Aïcha Filali, Alireza Shojaian, Béchir Boussandel, El Mehdi Largo, Eser Gündüz, Halim Karabibene, Rayan Yasmineh, Sarah Navasse, SIMAREK, Slimen Elkamel

L’espace poétique de Béchir Boussandel réalise l’union de l’ornement, de la diffusion de la lumière et du portrait miniature. Dans cette peinture, se babélise à plaisir l’image du monde. Lieux à la fois vides et habités, les dunes colorées et mouvantes de l’artiste sont parsemées de protagonistes esseulés qui se font écho dans l’immensité. Anachorètes qui ne se rencontrent jamais, solitaires dans leur traversée du désert sur des parcelles en mouvement, ces quelques personnages extraits d’environnements pluriels s’agencent isolément sur la toile comme dans une comptine : le chien, le cheval et le palmier ; le sac, le bédouin et le bâton. Par le rapport d’échelle et la minutie de leur facture, ce sont pour ainsi dire des figurines d’un jeu de plateau dont il s’agit, tant leur attente sereine, prodrome d’une action, d’une direction, ou de n’importe quelle décision, les appelle à être déplacés. À ceci près que le jeu est affranchi de toute logique. Un élément, parfois, se répète à l’identique, comme une anomalie rappelant l’irréalité de ces contrées faites de miroirs aux alouettes. La physique n’a pas non plus force de loi si l’on en croit le schéma polyfocal où se conjuguent des vues géographiques à vol d’oiseau et des petits portraits en pied. Cette dimension onirogène est attestée par la gamme psychédélique des fonds, dégradés de lumières venues de l’aube ou du crépuscule et faisant grandir les ombres souvent contraires des figures. L’attitude arrêtée, parfois hiératique, de celles-ci, est traitée dans une touche léchée, et s’oppose à l’hypnotisme des fonds argileux peints au moyen de larges brosses dans un rapport physique à la couleur.

Au sein des ces peintures, les objets divers sont aussi petits et définis que l’espace est grand et incertain. Ici, l’absence d’horizon, figeant l’image dans le temps et l’espace, relève autant de la peinture métaphysique que de l’ornement islamique. Cartographie fantaisiste, elle fait écho par son traitement aux figurations aspectives de la vallée du Nil dans l’Egypte antique. Au fur et à mesure de leur sédentarisation, les Egyptiens développent une iconographie du paysage qui met l’accent davantage sur les activités humaines que sur la nature. Se distinguent, entre autres, la kemet (« terre noire » qui reçoit la crue du Nil), le mehou (« marais »), le dechret (désert, « la rouge », « l’ocre »), les ouhat (oasis). Dans sa figuration pseudo-topogaphique, Béchir Boussandel désigne également, autant qu’il la fracture, une appréhension du territoire par ceux qui l’habitent, le découvrent, l’exploitent. Stylisés en miniatures et accompagnés d’attributs qui les définissent par leur métier, ces géomètres, jardiniers, livreurs, cireurs de chaussures, ont tous à voir avec une certaine idée du déplacement. De routes, pourtant, il n’est pas question. Ces portulans modernes déjouent plus qu’ils n’accompagnent le sens de l’orientation. Reste à trouver la bonne combinaison entre les éléments épars : comme dans un jeu vidéo, les objets constituent moins des points de repère que des points de vie. Les sols ne garantissent guère plus de stabilité, sortes de plateformes en flottaison prêtes à se désintégrer au premier game over.  Chaque tableau est le fragment d’un espace beaucoup plus vaste qui pourrait être parcouru au sein du même écran, comme une carte interactive. Sous-jacente est, au sein de ce territoire fictif, la confrontation du public et du privé, du sédentaire et du nomade. Lequel, du lieu ou du personnage, se déplace réellement par rapport à l’autre ? À propos de la miniature occidentale, Henri Focillon emploie justement le terme de « vertige de la réduction », suggérant le trouble autant que l’exaltation induits par cette distorsion de la taille. La peinture de Béchir Boussandel a ceci d’étonnant, qu’elle donne au petit une large et égale capacité de conquête de l’étendue. Car nulle hiérarchie ordonne les occupants du lieu : la composition se défait de toute centralité pour occuper l’espace du tableau de manière sporadique dans un parti-pris décoratif. Ni premier, ni second plan, tout se joue dans les marges.

"LEITMOTIV"
Group Show
10 juillet - 08 août 2021

Personnage, objet, idée ou émotion, le leitmotiv marque la toile, les murs, les étoffes, les corps, la peau et les esprits.

Comme l’idée fixe d’Hector Berlioz dans sa Symphonie Fantastique, le leitmotiv répète son existence obsessionnelle à l’infini, ici dans une nuée de motifs à l’encre de chine, de carreaux de céramique comme seul horizon, d’ornements textiles, de lignes architecturales dans une cité, d’étincelles métalliques comme la nostalgie des traces effacées d'anciens foyers, et d’ailes d’oiseaux laissant flotter une effluve de liberté.

Les leitmotivs déclinent leur existence sous des formes variées, chacune chargée d’un sens distinct, et conduisent une narration pour raconter l’histoire de leur métamorphose. Ils déroulent leur mythologie, invoquent des spectres hantés par de multiples émois et ouvrent des fenêtres sur une réalité virtuelle qui tente de dialoguer avec le réel.

Rime dans la poésie, refrain dans la musique, et forme ou couleur dans les arts visibles, le leitmotiv est le principe de la vie même, la répétition d’un fragment et son évolution. Il vit, crie, s’exprime, s’imprime, grandit, se cache, se dévoile et cherche l’harmonie.

Aïcha Snoussi, Hela Ammar, Kévin-Ademola Sangosanya, Liên Hoàng-Xuân, May Murad, Mehryl Levisse, Ribal Molaeb, Shadi Alzaqzouq, Thilleli Rahmoun, Thomas Van Reghem