Lin Wenji 

Lin Wenjie est née à Canton en 1986.Sur les marges de la Chine et à une époque où le pays s’ouvrait à de nouvelles cultures urbaines. Et puis, il y eut son choix d’une carrière de peintre commencée à la prestigieuse Académie des Beaux-Arts de Pékin. Un rituel d’adoubement en quelque sorte, l’une des meilleures et plus complètes formations au monde aussi. Les plus grands artistes continuent d’y enseigner comme Liu Xiaodong dont la peinture n’est pas étrangère à celle de Lin Wenjie. Il fut l’un des tous premiers à s’affranchir dans la Chine post-maoïste du «réalisme-socialiste » en art. Nombre de critiques d’art comme Lü Peng y ont vu une forme de « néo-réalisme » proche d’un Lucian Freud, au Royaume-Uni ou d’un Eric

Fischl aux Etats-Unis. Bien sûr, l’on pourrait continuer à multiplier les références et voir à travers cette peinture des résonances qui dépassent et de loin la Chine ou des courants d’emprunts américains comme le « simulationnisme » ou le « bad painting ». Et cela serait assez vain car il existe bien une singularité dans la touche et la très grande diversité chromatique caractérisant les tableaux de Lin Wenjie. Ce sont souvent des couleurs chaudes pour des scènes de la vie quotidienne:  terrasses de café, jeux de toutes sortes, plage. que croque l’artiste sur le vif, et

notamment en France à la faveur de son séjour à Rouen.

 Même les univers plus sombres comme ceux rassemblant des spectateurs d’un théâtre, tous peints de dos, ou encore ceux d’un musée, tous peints de face, semblent être pris par une

énergie silencieuse. Lin Wenjie transforme l’espace de ses tableaux en espaces de recueillement. C’est une peinture qui a bien plus à faire avec le cinéma de son temps qu’avec l’œuvre mélancolique d’un David Hockney, par exemple. Un cinéma, léger par profondeur, et l’on pense aux films de Gu Xiaogang, ou social comme le serait celui d’un Aki Kaurismäki, teinté parfois d’un humour noir, toujours élégant et juste dans le ton. C’est aussi l’histoire d’un regard partagé avec le spectateur et l’échange qui s’opère entre chaque sujet représenté.

 

Il y a chez Lin Wenjie une pratique de l’environnement comparable à celle de l’entomologiste étudiant ses insectes. C’est cette rationalité toujours à l’œuvre qui classe aussi cette peinture dans une catégorie qui est celle du témoignage, de la sociologie. Participative, c’est entendu : la vie d’un peintre ne se concevant pas sans un certain empirisme. Ce sens de l’observation, subordonné à une attente infiniment patiente de la saisie du sujet n’est d’ailleurs pas dénué de grâce. Cette dernière abolit le langage ou le désinvestit de son inextricable complexité dans cette oscillation constante que nous montre l’artiste entre le jeu du double et du même, de la différence et de l’identité, du temps qui se répète et s’abolit, des mots que l’on croit entendre, qui glissent sur eux-mêmes et disent autre chose que ce qu’ils disent. En somme, l’œuvre de Lin Wenjie peut se lire comme un inventaire des pouvoirs dédoublants du langage. Pour chaque composition se devine l’esquisse d’un cercle, l’œil du peintre en somme qui n’est pas autre chose que la mise en abyme d’un monde se regardant, regardé. l’œuvre et son revers ou ce que l’on dit d’un effet miroir dans le commerce des regards qui s’échangent. Et le plus souvent, de biais et dans l’esquive conditionnant la posture de chacun. 

 

Elle fait figure d’allégorie, toutes les images peintes par Lin Wenjie entretiennent une relation syncopée avec le réel. On le dit là encore d’un certain cinéma ou de la littérature d’une Marguerite Duras par exemple, laquelle a fait du cinéma pour s’émanciper de la littérature.

Ne serait-ce pas ce que Lin Wenjie fait avec la peinture ? « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » disait Wittgenstein. Une culture du silence, et du montrer sans le dire peut se substituer à cette exhortation du « il faut ». Lin Wenjie nous y invite avec le détachement qui sied aux personnes qui savent aussi comment durer pour se préserver. Sa peinture est en soi une école. Celle de la vie.

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