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NOSTALGIA AND THE WAR, Isabelle Manoukian
13.11 – 12.12.26
La galerie La La Lande a le plaisir de vous présenter NOSTALGIA AND THE WAR l’exposition personnelle de Isabelle Manoukian qui se tiendra du 13 novembre au 12 décembre dans l’espace de la galerie situé au 56 rue Quincampoix 75004 Paris.
Deux scènes coexistent dans les œuvres d’Isabelle Manoukian.
La première est une scène centrale de nostalgie, formée par des souvenirs heureux et festifs de famille, autrefois photographiés dans toute leur réalité ordinaire, désormais transformés par une peinture inspirée des miniatures persanes, avec des aplats de couleur qui les conceptualisent et les ravivent, et des augmentations qui les idéalisent. Les personnages, proches de l’artiste, dont son père libanais et sa mère syrienne, tous deux d’origine arménienne, autrefois invisibilisés – soumis à une discrétion de rigueur imposée par leur exil en France -, sont ici remis en lumière, trônant devant des firmaments d’or qui les illuminent, élégants de costumes ornementés à l’éclat des kaftans ottomans, starifiés aux côtés d’Oum Kalthoum, de la Callas, et d’Henri Salvador, leur chantant l’amour et l’espérance. Ils sont transportés dans des panoramas luxuriants, souvenirs magnifiés des paysages de Beyrouth et Alep, issus de l’enfance de l’artiste lorsqu’elle y passait des étés insouciants. Autant de jardins d’Eden perdus, qu’elle restitue à ses parents déracinés, rendus encore plus paradisiaques par une faune et une flore oniriquement luxuriantes.
Mais des ambivalences et une mélancolie fissurent déjà ces souvenirs rêvés. Dans Les Déracinés, chancelants entre plusieurs pays, une nécrose racinaire s’installe sur l’un des pieds des personnages, trahissant une carence de pays. Leurs cultures d’origine et d’adoption se diluent, à l’image du cèdre du Liban dont la dorure chaude est à moitié refroidie par un brouillard de peinture mauve. Dans Le Narguilé, l’ombre d’un moucharabié se projette sur la moitié du visage du frère de l’artiste, partagé entre une naissance libanaise et une vie française. Dans Le Militant, son ancien compagnon est enfermé dans la cage dorée de ses certitudes, inconscient de la possibilité de quitter cette prison mentale. Et dans Un été à Alep, un autoportrait de l’artiste, en tenue de bain noire, dans une position mélancolique et un environnement de moindre abondance, témoigne d’un dénuement du pays maternel syrien qui nuance le faste du Liban opulent de son père.
Les fêlures de ces scènes protégées par leur emplacement à l’intérieur des œuvres, sont autant d’indices qui laissent entrevoir la deuxième scène extérieure, exposée au danger. En marge, se dessine à chaque fois une scène imperceptible, invisibilisée par le noir et blanc d’une encre de chine ténue : armes brandies, ruines, femmes et enfants fuyant, crânes du génocide arménien qui résonne encore aujourd’hui en d’autres lieux. C’est la scène d’un conflit perpétuel – souvenirs réactivés par la guerre des 33 jours israélo-libanaise – dont les images sont encore inspirées de photographies, cette fois de presse. Des heurts qui n’ont cessé, de l’enfance de l’artiste à nos jours, de frapper à la porte d’un cocon rassurant et de provoquer un déchirement entre deux émotions duelles, une dissonance inconcevable : l’innocence de l’enfance fissurée par la perversion de la guerre, entre éclats de fêtes et d’obus. Paradis perdus bordés par la violence, elle-même débordée par la nostalgie, la réminiscence d’une félicité mythifiée, enfantant un espoir apaisant.
Aurélien Simon
