Group Show "ÉTAT DES LIEUX" / Galerie La

« Agis en ton lieu et pense avec le monde » disait le poète et penseur Édouard Glissant. Pour cela, faut-il déjà en avoir examiné l’état.

Avant d’agir, l’artiste pense, observe le monde, et constate que ses lieux sont dans tous leurs états, frappés d’une dichotomie, de part et d’autre des rives la mer Méditerranée, entre Nord et Sud, entre Orient et Occident.

La mer est à la fois cet espace qui sépare et qui rapproche. Faut-il en percevoir la nostalgie et la rêverie dans d’oniriques peintures acryliques aux couleurs vives, ou la vivre comme la zone transitoire de l’exile et de l’indigence, alors que des instantanés tragiques se révèlent à l’encre noire, ou que sont superposées les deux promesses salvatrices d’une brassière flottante et d’un tapis de prière ?

Les territoires sont réappropriés. Dans les terres rurales, les corps se dépossèdent et sont enfermés dans le cadre étroit de la toile, ou se perdent dans la monotonie d’un labeur répétitif et d’un champ infini. Le milieu urbain récupère ses matériaux exogènes pour procéder à leur « recyclage », comme l’exilé se réintègre socialement dans le cycle d’un nouveau pays. Une terre d’immigration devient ainsi celle de la renaissance et du renouveau, par la créolisation, le métissage de toutes les cultures en contact.

À la croisée de l’ancien et du nouveau, des traditions hiératiques - le mariage, un tissu matelassé, le bleu des portes coutumières et le blanc du marbre – sont profanées par la modernité d’un photo-montage virtuel. A contrario, un collage de mots ou un portrait sur bois font l’état du progressisme, troublent la frontière du genre, entre féminité et masculinité, rendent majeurs les minoritaires sexuels, et transgressent les normes établies par la pensée dominante.

Ces contrées multiples et erratiques influent sur les chairs et les crânes qui deviennent des territoires en eux-mêmes. Se dessine ici un langage que le corps a développé pour mieux habiter son environnement, et s’écrivent là des traces archéologiques de mots qui parlent du corps désarticulé, tandis qu’ailleurs des utopies sont cartographiées et architecturées, et qu’un surréalisme sonde l’expression de l’esprit, lui permettant d’abolir les frontières et de résider dans le pays de l’imaginaire, le temps de renouveler le réel.

Aurélien Simon

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Slimen El Kamel, Fenetres, 2018, Acrylic

SLIMEN ELKAMEL

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La La Lande trouve racine dans l’utopie et les rêves. Un monde de prémices et de création, qui prête à la galerie un nom et une lignée.

La galerie La La Lande est fondée en 2018. Après trois ans dans le quatorzième arrondissement, elle emménage aux pieds du centre Pompidou, au cœur de la rue Quincampoix. Une trajectoire entre les deux rives qui illustre une traversée mouvante. L’architecture du lieu mène à une immersion en deux temps. Les cimaises du rez-de-chaussée, pour les œuvres pendues, clouées ou accrochées, laissent entrevoir une descente, qui mène au basement expérimental, prévu pour les dispositions hybrides. Là, s’ouvrent des mondes souterrains, invisibles à l’œil nu. Dans l’attente du regard qui les réveillera, ils fermentent.

La galerie met à l’avant des artistes issu-e-s de la région MENA, aux œuvres poétiques et politiques. Pour point commun, il y a l’errance, l’exil, la quête. Questions et remises en questions d’identités, de genres, de normes, de départs. Pour point commun, il y a en somme des figurations narratives et un art sociétal. Des musicalités en vagues qui se balancent entre les formes déformées ou symétriques.

La galerie s’inscrit ainsi dans la nouvelle vague engagée, qui aspire à décortiquer et mettre en avant des réflexions alternatives, d’entre les deux rives et au travers. L’aspiration première demeure celle d’aller vers les gens, et de rendre l’art accessible – l’inscrire dans un dialogue.

Les artistes de la galerie questionnent et dissèquent ‘les normes dominantes’ à travers leur travail, redéfinissent des identités malléables et évolutives, libérées des préjugés. Entre Eldorados d’exil et traversée de la Méditerranée, de la violence et la culpabilité à l’émergence candide. Les mediums se mettent aux services de la philosophie de l'artiste. Les images mouvantes du cinéma se figent sur papier, et là, prennent vie. Les gravures théâtralisent le réel, les peintures transcendent l’étanchéité du politique.

La galerie s’inscrit ainsi au cœur de l’actualité artistique contemporaine, issue de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les œuvres des artistes sont exposées aux quatre coins du monde à travers des foires internationales. Le suivi des artistes se fait de près, ensemble, vers l’émergence, privilégiant le lien. Pour une visibilité de la jeune création contemporaine.

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